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L'ERIAC, laboratoire qui regroupe des spécialistes de philosophie, de langues anciennes, d'études anglaises, hispaniques et allemandes, est un laboratoire résolument transdisciplinaire : il a en effet défini des objets d'étude sur lesquels s'investissent l'ensemble des enseignants chercheurs de l'équipe de recherche.

 

 

 

 

Ce furent d'abord les Identités, les Affects et les Conflits, trois thèmes choisis pour le quadriennal 2008-2011, qui connurent des fortunes variées, mais qui furent heureusement relayés par d'autres thèmes,particulièrement féconds : les Systèmes linguistiques et les Mythologies antiques : des mots et de leurs prolongements.


 

Pour le prochain quadriennal (2012-2015), durant lequel le périmètre du laboratoire s'élargit avec notamment l'arrivée de spécialistes de géographie culturelle, le projet de l'équipe se caractérise par un double mouvement - de cohérence et d'infléchissement - et se répartit en quatre axes bien dessinés :

  • Aires et cultures.
  • Littératures et transpositions.
  • Concepts et réélaborations.
  • Fonctionnements linguistiques : théories et pratiques.

2008-2011 : LES GRANDS AXES

 


LES IDENTITES


L'insertion d'un mais une identité par rapport à l'autre. Le regard social instaure autour de l'être des images formantes ou déformantes de son identité. Cette reconnaissance peut viser à instaurer une référence sur le principe des croyances propres à l'individu, à sa propre histoire, c'est-à-dire à son propre héritage. C'est le parcours d'une identification recherchée par rapport à un modèle, une image, un objectif, une société ; l'identité serait un construit, la part de l'héritage d'un parcours historique.

 

LES AFFECTS


Les approches structuralistes ont un temps repoussé hors du champ d'attention les réactions affectives des individus et groupes pris dans ces contraintes structurales, que ce soit celles de la langue, des relations de parenté, du droit, etc. La recherche en sciences humaines a dû cependant constater qu'il était impossible de faire abstraction des émotions, passions, sentiments, bref de toutes les données affectives qui accompagnent actions et connaissances.
Les linguistes, historiens, philosophes, les spécialistes de littérature et d'art sont particulièrement bien placés pour étudier ce champ des affects dans ses différentes manifestations dont certaines sont déjà bien thématisées (les passions dans la tradition classique), d'autres constamment invoquées sans clarification (les affects esthétiques), d'autres enfin toujours obscures (les émotions dans leur diversité culturelle - et leurs points de ressemblance).

 

LES CONFLITS


Les conflits, à la fois sources de création et de destruction, sont à ce point omni-présents qu'il semble qu'il ne puisse y avoir de création artistique ni de société qui parvienne à s'en passer. Les expressions "conflits sociaux", "conflit tragique", "conflit intérieur" suffisent à montrer qu'il n'est pas de champ humain qui en fasse l'économie et suggèrent les nombreux niveaux et domaines d'analyse auxquels la notion de "conflit" peut se prêter. La productivité de cet axe de recherches avait déjà été manifestée par le colloque "Langues dominantes / Langues dominées", ce qui avait motivé notre choix de mettre cette question au cœur des problématiques de notre équipe.

La spécificité de l'approche mise en œuvre par notre groupe de recherche consiste à envisager comment ces conflits s'articulent avec les affects et les identités : en effet, le conflit est à la fois source et fruit des affects, ou passions humaines, et ses enjeux sont à maints égards identitaires puisqu'il est la manifestation de différences entre groupes de locuteurs ou entre locuteurs pris individuellement.

analyser les conflits dans leurs rapports avec les affects et les identités, c'est donc s'interroger sur les rapports que les mots entretiennent avec les actes, c'est aussi réfléchir sur la langue comme objet et vecteur de conflit.

 

SYSTEMES LINGUISTIQUES


L'axe linguistique de l'ERIAC tire pleinement parti de la pluridisciplinarité du laboratoire. Il regroupe des enseignants-chercheurs spécialistes de grec, de latin, d'anglais et d'espagnol. Le travail commun permet de comparer les données de ces différentes langues, mais aussi les méthodes et concepts spécifiques développés par les antiquisants, les anglicistes et les hispanistes. En effet, à chaque langue est attachée une tradition scientifique, qui met en œuvre d'une manière qui lui est propre les notions issues de la linguistique générale, depuis la grammaire comparée jusqu'à la pragmatique et à la typologie des langues.

L'activité scientifique est organisée autour de deux rendez-vous principaux :

- un séminaire annuel, consacré en 2009-2010 à la théorie des opérations énonciatives d'Antoine Culioli.
- un colloque consacré à la discussion d'une notion linguistique selon les points de vue des différentes langues, qui se tient tous les deux ans.

 

MYTHOLOGIES ANTIQUES : DES MOTS ET DE LEURS PROLONGEMENTS


Des mythes, toutes les époques en sont pleines, mais, s'il est un objet investi par la culture occidentale au point de pouvoir être considéré comme « mythe » constitué depuis longtemps, c'est bien l'Antiquité gréco-latine, notamment les textes considérés comme des classiques. Ces « classiques » suscitent les réactions les plus diverses, depuis la proclamation d'universalité formulée par J. de Romilly jusqu'à, inversement, les critiques relativisantes de M. Detienne. La Grèce et Rome demeurent, quoi qu'on en ait, la terre natale de l'Occident, sans doute pas dans leur singularité qui mérite encore d'être approfondie, mais en raison du long continuum qui les a inscrites comme source plus ou moins fantasmée de la tradition occidentale.

C'est à partir de là que des chercheurs de l'ERIAC, issus de disciplines différentes, ont souhaité travailler pour défricher cette dimension mythologique, en donnant à cette expression toute sa dimension de concrescence (expression empruntée à la Logique des Sciences de la culture d'E. Cassirer), d'intuition inexplorée. « Les Classiques », catégorie commune, permet en effet de dépasser les clôtures disciplinaires d'usage, de moins penser dans des mondes séparés ou des aires géographiques distinctes et d'associer recherches en grammaire, en histoire, en histoire littéraire (italienne, française, anglaise...), en philosophie, etc.

 

 

2012-2015 : LES GRANDS AXES

 

AIRES ET CULTURES


Mettre en relation l'espace et le fait culturel conduit fréquemment à circonscrire les traits culturels à une aire et à territorialiser une population marquée par ces caractères. L'État en constitue souvent le modèle implicite : une surface nettement délimitée. Cette conception, qui réifie les identités et dessine les contours spatiaux des cultures comme allant de soi, participe de l'essentialisme culturel. A contrario, les travaux qui seront conduits dans l'axe porteront sur cette relation entre espace et culture sans présager de ses modalités. Aborder la relation comme un questionnement conduit à discuter la notion de culture en privilégiant  les processus d'identification culturelle plutôt que les identités. L'étude de ces processus et des constructions socio-spatiales qui en résultent sera menée dans des contextes culturels et temporels divers.

Cette variété ne constitue pas un obstacle à la comparaison, bien au contraire.  Les configurations et arrangements spatiaux tout autant que leur désignation (« mots de l'espace ») sont justiciables de comparaison à condition d'adopter une méthode comparative critique vis-à-vis des catégories utilisées. La composition pluridisciplinaire de l'équipe constitue ici un atout majeur pour aborder la diversité des constructions sociétales et spatiales et celle des représentations discursives. Ainsi, les questions de traduction et du caractère transposable des mots, catégories et concepts pour dire et penser l'espace des sociétés peuvent contribuer à une meilleure compréhension de la relation identité(s)/espace(s) et constitueront à coup sûr une des approches les plus prometteuses de l'enquête à mener.

 

LITTÉRATURES ET TRANSPOSITIONS


L'axe « Littératures et transpositions » se propose d'explorer le champ des interactions entre les textes et entre les formes écrites et les autres formes d'expression artistique, iconographiques et scéniques par exemple. Prise dans son acception concrète de « changement de place », la notion de transposition a de vastes implications : elle englobe des gestes littéraires tels que le déplacement d'un fragment de texte vers un autre, comme la citation, ou encore la circulation des clichés, des tropes et des images figées d'un texte à l'autre. Son emploi métaphorique dans l'image du déplacement et du transport fait également de la transposition un concept particulièrement opératoire et renvoie alors à des pratiques telles que la traduction (envisagée comme le transfert d'un texte d'une langue à une autre) ou encore l'imitation (vue comme l'importation et l'appropriation d'un certain nombre de caractéristiques de l'objet-modèle) ou bien la représentation iconographique ou audio-visuelle, qu'il s'agisse de mise en scène théâtrale, filmique ou de la mise en images, par laquelle une transformation s'accomplit lors du passage d'un medium à un autre. Cet axe réunit des enseignants-chercheurs qui travaillent sur les littératures et cultures de langues grecque, latine, italienne, espagnole, anglaise et allemande ainsi que sur un arc chronologique qui va de l'Antiquité à l'époque contemporaine. Il permet de croiser dans ces domaines des problématiques et des outils théoriques dans la perspective d'interdisciplinarité qui fait l'originalité du laboratoire de l'ERIAC.

 

CONCEPTS ET REELABORATIONS


Le terme de « réélaboration » indique une activité de « reprise » d'un concept, soit d'un auteur à l'autre, soit d'une langue à l'autre, voire les deux ; cette reprise peut avoir lieu dans le temps (dans la filiation d'un auteur à l'autre), dans l'espace (dans la transposition d'un concept dans une autre langue) mais aussi dans le cadre d'une interaction entre des penseurs contemporains.

La réflexion peut dès lors se centrer autour des différentes modalités de transfert d'un concept dans une autre pensée et/ou d'une autre langue, c'est-à-dire des transformations sémantiques que ce transfert provoque, voire des mutations, des inventions (« néologismes »), mais aussi des effacements (des « tombées en désuétude ») qu'il entraîne. Le passage dans une autre langue crée en particulier des découpages étonnants, qui affectent autant la signification que la catégorisation des termes en interaction.

Depuis ce cadrage et cet éclairage, l'objectif est de « tirer » trois fils différents, qui répondent chacun à des projets de recherche dont le rythme d'élaboration sera distribué de façon spécifique sur les quatre années à venir : un premier fil abordera le thème du « conseil et de la délibération », dans une approche pluridisciplinaire et diachronique ; un deuxième fil, centré sur le terme « érôs », s'emploiera à faire ressortir ses différentes articulations et ses différents refaçonnages en fonction des époques et des espaces thématiques : ainsi, l'érôs qui se distingue de l'agapé revêt une signification différente de l'érôs qui se couple avec « thanatos » ou avec « eris », sans parler des rebondissements plus classiques (amour/charité) ou contemporains (érotisme/pornographie) ; un troisième fil enfin touche à la question de la fiction et de ses réélaborations réciproques, en synchronie cette fois, durant la période classique, entre Descartes et Pascal.

 

FONCTIONNEMENTS LINGUISTIQUES


Les linguistes de l'ERIAC, spécialistes de langues différentes, langues anciennes, anglais et espagnol, orienteront leurs travaux autour de trois thématiques :

- Fonctionnement des marqueurs grammaticaux : ceux-ci composent dans chaque langue une liste fermée d'unités contribuant au repérage des référents et à la mise en discours. Nos travaux communs nous ont déjà amenés à aborder leurs spécificités pragmatiques, sémantiques et syntaxiques (expression de la personne, de la deixis ou de l'anaphore ; marqueurs employés en position finale). Dans le cadre des théories de la grammaticalisation, on pourra aborder aussi la genèse des grammèmes et de ces spécificités. On pourra effectuer aussi des incursions en morphosémantique ou en phonosyntaxe.

- Diversité des fonctionnements linguistiques en diachronie et en diatopie : un système linguistique est une succession d'états de langue, d'où une approche diasystématique afin d'expliquer les mutations systémiques successives, même si les locuteurs pensent avoir affaire à une langue fixe. En synchronie, chaque état de langue est soumis à variation diatopique. Nous pouvons aisément constater cette diversité pour les langues modernes, mais elle nous échappe souvent pour des langues et des chronolectes plus anciens, pour lesquels les données sont lacunaires. Il est ainsi pertinent d'analyser comment diachronie, synchronie et diatopie s'articulent.

- Exploitation des fonctionnements linguistiques en didactique : nous chercherons des stratégies d'enseignement-apprentissage nourries par la linguistique théorique, et aussi par les réflexions propres à la didactique. Nous aurons à trouver les meilleurs instruments pédagogiques parmi les outils classiques (utilisation de documents authentiques, laboratoire de langues), créatifs (rapport gestuelle-production orale, théâtre pédagogique), émergents (exemple : TICE). Ce travail réunira les enseignants-chercheurs de notre laboratoire intéressés par la didactique des langues, et des enseignants-chercheurs d'autres laboratoires.

 


 
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